jeudi 31 mai 2012

Books and beyond

Dans les bibliothèques, on trouve des livres sur tous les sujets, pour répondre à toutes les questions possibles qui peuvent traverser les cerveaux ô combien tortueux de notre public. Enfin si on a bien fait notre job. Ce qu'on s'évertue à faire, nous bibliothécaires, avec l'acharnement d'un employé de la SNCF décidé à placer votre journée un cran au-dessus d'Armageddon (oui, j'ai subi quelques désagréments ferroviaires ces derniers temps, j'ai besoin de faire ma catharsis). 

Mais comme le livre n'est pas toujours le média le plus approprié pour répondre aux demandes, on y trouve aussi des CD, des DVD et même Internet tout entier (tout du moins si le service informatique de la ville n'a pas déclaré la guerre des tranchées à la bibliothèque. Ou vice-versa.) Pour promouvoir ces supports, et appâter l'usager par la même occasion, l'Alberta Library (un consortium de bibliothèques canadiennes) a lancé une campagne de publicité appelée "Books and beyond". Certes j'ai un sacré train de retard (sûrement un sanglier sur la voie), puisqu'elle date de 2008. Mais je ne pouvais passer à côté de ces deux vidéos, diffusées sur Internet et... à la télévision ; en France par contre, on peut toujours s'asseoir pour voir un spot vantant les mérites des bibliothèques passer pendant la pause pub de Pékin express...

Admirez le travail :


Ma préférée personnellement, ayant moi-même une mère beaucoup trop portée sur les travaux manuels :


J'attends désormais le prochain emprunteur du Roman des maisons closes avec impatience (et une sélection de sites références sur les MST donc).

mercredi 14 mars 2012

Si tu veux des fruits de mer, Kafka aller à la bibliothèque

Vous allez me dire que, après le bibliobus québécois, il y aurait beaucoup trop de véhicules à moteur dans ma bibliothèque idéale. Mais en toute franchise là, je ne pouvais pas résister. Voici donc les camions utilisés par la Johnston County Library pour transporter les livres d'une bibliothèque à l'autre (notez qu'ils ont besoin de plusieurs camions. Je ne sais pas s'ils ont la folie des grandeurs, mais là où je travaille, une deudeuche suffirait largement) et, accessoirement, se faire de la pub :


Avantage, ils attirent l'oeil, pour ça il n'y a aucun doute. Et comme le précise la bibliothèque, la première pensée qui nous vient est "Ah oui, le nom de cette entreprise est foutrement bien trouvé" (traduction approximative, j'en conviens), chaque camion détournant un classique de la littérature pour l'associer à un produit dont on ferait la publicité (façon rétro, c'est tendance ma chérrrie). Et puis, juste en dessous, on peut y lire "Disponible à la Johnston County Library". Et là, soit on est complètement déçu : "C'est malin, maintenant j'ai envie de manger des fruits de mer / d'acheter des couches / de prendre des médicaments / de tuer du cafard, et je ne vais y trouver que des livres", soit on se dit que quand même, "ces bibliothécaires, ils roxent de la douchette". Au final, je ne sais pas si cette campagne de pub a réellement été efficace, mais moi je trouve ça joli. Et ça rendrait très bien sur une deudeuche, c'est certain.


dimanche 29 janvier 2012

Et mon coléoptère, il est grabataire peut-être ?

On le dit, on le répète, on le crie sur les toits (bibliothécaire j'hurle ton nom), on s'énerve et on essaie de le faire rentrer dans le crâne mou de nos lecteurs à grands coups de douchette et de Dewey (reliée, c'est plus efficace). Plus qu'un combat, c'est un sacerdoce. Notre côté militant sans doute. Et susceptible, probablement. Le métier de bibliothécaire a changé, beaucoup plus vite que son image, qui lui est restée collée à la couenne plus sûrement qu'une sangsue à triple ventouses.

Alors quand on tombe sur une description des bibliothèques et de leurs humbles serviteurs digne du 19e siècle, ça nous hérisse un peu la moquette élimée (je parle pour les bibliothèques qui n'ont pas réussi à avoir le budget rénovation adéquat). Une description comme celle sur laquelle je suis tombée, par hasard, dans la bande dessinée Un après-midi un peu couvert, de Philippe Squarzoni :





Bon, documentaliste ou bibliothécaire on sait pas trop, mais de toute façon c'est à peu près le même combat.














Ca a le mérite d'être clair. Bibliothécaire ça rime avec grabataire (au sens propre comme au sens figuré, notez). 

Nous voilà donc grabataires, hémiplégiques, invalides, et bien sûr totalement à l'ouest concernant l'informatique (j'aime tellement les fiches que je m'en suis fait un collier, c'est vous dire). Soyons clairs, je ne trouve ça agréable ni pour les hémiplégiques et invalides, ni pour les bibliothécaires. Associer des catégories de personnes en fonction des préjugés négatifs communs qui leur collent aux basques, c'est d'un banal affligeant. Je veux dire, associer les bibliothécaires et les hémiplégiques à des community managers ou des gogo danseuses, voilà qui serait intéressant, sociologiquement parlant (certains collègues (je ne dénoncerai pas) se plaignent par exemple de la discrimination quotidienne due à un manque flagrant de potentiel sensuel de notre métier. Et c'est bien dommage).





"Un problème avec les livres" ? Moi aussi à vrai dire, il m'arrive même d'en jeter, probablement un signe avant-coureur de l'apocalypse.

"Passer son temps au milieu des livres, les lire, puis les conseiller". Oui, moi aussi j'aimais bien l'idée. Puis je suis devenue bibliothécaire. Et j'ai fait plein d'autres choses. Notamment, je "surfe sur Internet" pour bosser, pas "au lieu de bosser". Ce qui ne m'empêche pas de tomber sur des idiots à l'orthographe éclatante.

Tiens justement, puisqu'on en parle. La Bibliothèque est un "cimetière" et les livres des "tombes", ça me rappelle vaguement quelque chose que j'ai lu récemment. Un certain Yann Moix y parle de la mort des bibliothèques, au sens "noble" du terme. Heureusement, cela fait bien longtemps que les bibliothécaires (ne lui déplaise, je désigne par là diverses professions, du discothécaire qui gère la piste de danse, au vidéothécaire qui regarde des vidéos sur Youtube toute la journée, sans parler des animateurs multimédia, "nouvelle" spécialité tout droit sortie des feux de l'enfer) ne sont plus là que pour conserver des livres poussiéreux, qui doivent répondre à une exigence intellectuelle et littéraire élitiste. Quant à mettre en doute que les bibliothèques soient là pour transmettre des "connaissances", on atteint le pompon de la pomponette. Le tout étant, en revanche, d'arriver à dépasser cette idée de "temple du savoir" (personnellement, je rentre plus facilement dans un couloir de métro tapissé d'urine que dans un temple). Les réponses à cet article n'ont pas tardé, vous pouvez aller voir sur Hortensi.us, Face écran et les Carnets d'Outre-Web.


Si même Rimbaud s'y met.

Bon je râle, mais cela m'a fait plutôt sourire de trouver cette anecdote. Au final, on trouve dans ce livre une jolie petite histoire sans prétention, et plutôt agréable à lire. Et qui n'a rien à voir avec les bibliothécaires ni les hémiplégiques, comme cet article ne le suggère pas.

samedi 14 janvier 2012

Proudly introducing : L'armée des rennes

Il y a quelques semaines, un évènement est venu troubler la quiétude qui règne habituellement dans le monde calme et feutré des bibliothèques. L'objet du délit, le voici :


Cliquez sur l'image pour avoir la version animée, vous allez comprendre toute l'ampleur du choc. Cette carte de voeux, nous la devons à l'ABF, l'association qui nous représente fièrement, nous les bibliothécaires de France. 

Certains ont émis l'hypothèse que tout cela n'allait pas vraiment aider à moderniser l'image de notre profession. Déjà bien amochée par des lunettes et des chignons dont on a du mal à se départir, il est vrai qu'un renne peut paraître franchement inapte à dépoussiérer tout ça (un renne peut paraître inapte à beaucoup de choses, en y réfléchissant).

Mais c'était sans compter sur les twittos de la profession (et ils commencent à être nombreux). Et c'est là que l'inconcevable a été conçu. Une sorte d'engouement pour les cervidés, remisant au placard les lolcats et autres mêmes. Les jeux de mots et images à base de rennes, cerfs et autres caribous ont commencé à fuser. Preuve de notre professionnalisme, un hashtag a vite été adopté pour baliser ces tweets, que vous retrouverez donc sous #PointRenne (on reste organisés quand même, faut pas chier dans la colle).
 
Dessin de @leblogdeglace
Et comme on ne fait pas les choses à moitié, @Marie_Idille a suggéré de regrouper tout ça dans un Tumblr, histoire de, je cite "constituer un fonds iconographique spécialisé en cervidés et de chercher le meilleur outil pour le mettre en valeur". Si c'est pas de la dévotion à son métier ça (ou de la névrose obsessionnelle, j'hésite). Comme la névrose, ça me parle je n'avais pas encore eu l'occasion de tester cet outil, il m'a paru intéressant d'ajouter ce fait d'arme à mes compétences professionnelles. Le résultat, un Tumblr moulé à la louche : L'Armée des rennes. J'ai commencé à y regrouper les points Renne publiés sur Twitter ces dernières semaines, mais c'est un outil collaboratif : vous pouvez m'envoyer vos cervidés directement depuis le site, c'est même encouragé. Photos, textes, vidéos, musique (coucou les discothécaires et vidéothécaires), vous pouvez vous lâcher. Si vous rencontrez un problème pour les contributions, n'hésitez pas à me contacter, je fais aussi SAV (polyvalence tout ça).

Bibliothécaire, un métier qui a de l'avenir, c'est cerf-tain.

dimanche 13 novembre 2011

De l'importance de faire les bons choix (en matière de collants comme de grottes)

Aujourd'hui, dans les BD du dimanche : de l'influence du choix des collants chez les super-héros, et de l'inefficacité de notre instinct primaire, qui nous amène systématiquement à trouver la cachette la plus à même de nous faire tuer en cas de poursuite par un tueur énervé.

Les super-héros, donc. Je vois d'ici les mauvaises langues, arguant mon manque d'objectivité, lié à une monomanie pathologique ayant pour objet l'homme chauve-souris, mais le dernier Batman de Neil Gaiman et Andy Kubert déboite de la douchette. Dans Qu'est-il arrivé au chevalier noir ? on assiste tout bonnement à l'enterrement du justicier de Gotham City. Tous les personnages, amis comme ennemis, vont se retrouver dans une veillée funèbre où chacun va y aller de sa version de la mort du Batman. Voir le Joker et Catwoman s'envoyer des petits-fours à côté du commissaire Gordon est déjà assez traumatisant, mais quand Alfred nous conte l'histoire d'une gigantesque supercherie, remettant en cause le mythe du héros, ça fait tout drôle. Et si les deux histoires qui suivent, centrées sur Poison Ivy et E. Nigma, sont oubliables, Gaiman nous sort sur les dernières pages un coup de génie (mention spéciale à l'illustrateur) qui m'a fait frétiller les endorphines.
En revanche, je n'ai pas encore mis la main sur la série de comics Batman Universe, relatant l'après Bruce Wayne, où un certain Dick Grayson viendrait prendre la relève. Tout du moins jusqu'à ce que Bruce se décide à ramener son derche de l'au-delà. Sceptique, je suis (comment placer une hyperbate dans l'unique but de faire savoir que je connais ce mot).


Et puis, c'est l'arrivée dans le monde du comics d'un super-méchant. Nemesis, de Mark Millar et Steve McNiven, c'est un peu comme si Batman, au lieu de se dire, "Et si j'enfilais des collants noirs et que j'utilisais ma fortune pour aller botter des culs de méchants, ça va me détendre", avait finalement opté pour "Et si j'enfilais des collants blancs et que j'utilisais toute ma fortune pour buter un maximum d'innocents, ça va me détendre". Notons que les collants blancs, c'est pas l'idée la plus brillante. Déjà c'est salissant, et puis j'ai eu des images de danseur étoile devant les yeux pendant toute la lecture. Hormis cette faute de goût, le résultat ressemble à un bon film d'action, où on voit un truc (bâtiment, train, bébé dans son berceau) exploser toutes les deux pages (pas la peine d'allumer les neurones), et une intrigue simple mais assez bien ficelée pour nous laisser morts de faim sur la dernière page.
(Mais on me souffle dans l'oreillette que, à choisir, la précédente collaboration de Millar et McNiven sur Old man Logan mérite beaucoup plus qu'on s'y attarde, je vais aller lire ça avachie par terre dans une grande librairie errer pour trouver une bibliothèque alentour qui l'aura dans ses bacs).


Finissons dans une ambiance bon enfant, avec un manga à base de forêt sombre, cachots, énucléations et autres tortures : Hideout, de Kakizaki Masasumi. Seiichi, jeune écrivain que l'on devine raté et dont le couple ne ressemble plus à rien, décide de partir en vacances avec sa femme, histoire de voir si un peu de super-glu pourrait recoller les morceaux. Sauf que l'on nous dit très vite (dès la quatrième de couverture en fait, merci l'éditeur) que Seiichi a plutôt prévu de se débarrasser de sa femme en même temps que de ses soucis (elle l'a un peu cherché ceci-dit). Après une course poursuite dans une forêt en pleine nuit sous une pluie battante (le dessin est suffisamment réussi pour que j'ai moi-même eu les os glacés et les jambes écorchées), cette gourde se dit que ce serait une trop bonne idée de se réfugier dans une grotte (il faudrait faire une liste des endroits les plus débiles où se cacher en cas d'attaque par un tueur psychopathe). Le problème, c'est que cette grotte est déjà habitée. Points de suspension. Suspens insoutenable.
Ce one-shot est une merveille de suspens et d'horreur bien dosée (un peu la main lourde parfois, ok, ceux qui s'évanouissent devant une tronçonneuse, passez votre chemin). Le dessin est atrocement réaliste, si bien qu'il me faudrait au moins la promesse d'y trouver des réserves inépuisables de Skittles pour que je remette les pieds dans une grotte, et l'évolution psychologique des personnages n'est pas négligée, jusqu'au final, terrifiant, que j'avoue n' avoir pas vu venir (ce qui donne en général "Oh non c'est pas vrai, j'le crois pas ça !"). Les premières planches sont disponibles chez Manga Sanctuary, et vous donneront un bon aperçu du bouquin.

Vous verrez, après ça, vous ne serez que bisounours, paillettes et licornes roses dans les prés.

dimanche 30 octobre 2011

Les marins du dimanche

Après des semaines de révisions de concours où, pendant mes pauses, la seule activité dont j'étais capable était de larver devant des films d'horreur (les zombies sont de très bons compagnons d'infortune) et où ouvrir un livre représentait un effort trop conséquent, je me suis rattrapée en faisant une petite cure de bd. Et la moisson a été plutôt bonne.

Tout d'abord, un gros coup de coeur pour un livre qui m'est tombé dans les mains par hasard, L'amourir, d'Ozanam et Tentacle Eye. L'histoire d'un marin au passé sombre, Wirde, qui débarque dans une ville soumise à un régime autoritaire, où la liberté est un concept assez flou, et où la loi "de fin de vie" oblige les personnes de plus de 75 ans sans revenus à mourir pour ne pas aggraver le déficit national. On suit alors l'histoire d'amour entre Wirde et Lillie, danseuse de cabaret et opposante au parti en place, en parallèle avec l'histoire d'une résistance souterraine à laquelle ils vont prendre part au-delà de ce qu'ils avaient tout deux imaginé.
Dans cet album, je regrette juste la complexité de la narration, où les allers-retours entre passé et présent embrouillent un peu le déroulement de l'histoire. Heureusement, la confrontation amour/jalousie et oppression/résistance arrive à nous garder sur les rails. Mais le vrai coup de maître dans cette bd, ce sont les illustrations. Tentacle Eye, en plus d'un dessin sublime, qui justifie à lui seul la lecture, joue avec les codes de la bande dessinée de telle sorte qu'il sublime complètement le scénario (ça fait un peu pompeux dit comme ça, mais si je disais que le dessin est beau à en faire péter mes bretelles de soutien-gorge, vous ne me prendriez pas au sérieux). J'en profite pour faire passer un petit message : messieurs les illustrateurs, avoir une présence Internet frôlant le néant intersidéral, ça n'est plus possible. Faudra pas vous étonner si les lecteurs finissent par débarquer chez vous, un soir de pleine lune, la bave au lèvres.



De Profundis : l'étrange voyage de Jonathan Melville, de Chanouga, nous conte une autre histoire de marin (c'est pas fait exprès, mais ça tombe bien, comme ça j'ai une belle transition) qui, après un naufrage, est recueilli sur une île par deux femmes étranges, décidées à le garder pour elles, de gré ou de force. On trouve dans ce conte pour grands enfants un brin de sorcellerie, du danger, des créatures marines, une ambiance mi-féérique, mi-inquiétante, et quelques illustrations magnifiques en prime. Les bons contes pour adultes dans la bande dessinée sont suffisamment rares pour que celui-ci mérite un petit détour. Et, wasabi sur la cacahuète, Chanouga possède un blog, lui (message subliminal tout ça). Allez voir, il y a plein de belles choses.



Quelques petites déceptions en revanche, sur des bd que j'attendais de pied ferme (un peu trop peut-être). La dernière collaboration entre les Kerascoët et Fabien Vehlmann, Voyage en Satanie,  ne m'a pas autant chavirée que je l'espèrais, surtout au niveau de l'histoire. Mais ils avaient mis la barre tellement haut avec Jolies Ténèbres que c'est difficile de leur en vouloir. Déçue aussi par Vivre dessous, le dernier ouvrage collectif de Manolosanctis, qui ressemble beaucoup trop à 13m28, leur précédent album collectif, pour se démarquer. D'autant que le travail du scénario (Thomas Cadène, qui parrainait l'ouvrage, ne doit plus avoir beaucoup de cheveux sur la tête, vu le nombre d'auteurs participant) tiens moins bien la route. On retrouve d'ailleurs beaucoup des illustrateurs qui font désormais partie de la team de base de l'éditeur, et qui sont excellents pour la plupart. En parlant de Manolosanctis, pour ceux qui ont loupé l'annonce de la semaine dernière, l'édition papier, c'est terminé... Dommage pour Renaud et Antigone, pour les Phantasmes et le Carnaval, pour Mon cauchemar et pour moi...

mardi 4 octobre 2011

Les non-casées et leur problème de case

Bennett Sisters (Library of Congress)
Que ceux qui ne supportent plus d'entendre un "Madame ou un "Mademoiselle" passent leur chemin. Je préfère prévenir, sinon vous allez m'en vouloir, et moi je vous aime bien alors ça m'embêterait. Je ne vais pas passer des plombes sur la campagne "Mademoiselle, la case en trop", la blogosphère s'est déjà bien assez étripée comme ça. Et d'autres en parlent bien mieux, comme La Bouseuse ou Crêpe Georgette. J'ajouterais seulement qu'au-delà des arguments, déjà douteux, de superficialité de la campagne et de non-priorité vis-à-vis d'autres combats, j'avoue avoir du mal à comprendre la position de celles qui refusent catégoriquement de perdre le "privilège" de se faire appeler mademoiselle, arguant que quand même, ça fait plus jeune hihi (qui a parlé de superficialité déjà ?).

Si je parle de tout ça sur ce blog, c'est parce qu'il se trouve que c'est mon métier qui m'a fait prendre conscience du caractère absurde et surtout intrusif de cette petite case en trop. Parce que figurez-vous que pour s'inscrire dans une bibliothèque, il faut remplir un formulaire. Et donc cocher une case. Sur ce, le bibliothécaire s'empresse de rentrer toutes les informations vous concernant dans l'ordinateur. Souvent, les gens n'y font pas attention et ne cochent aucune case. Mon réflexe était alors de demander au moment de la saisie, lorsqu'il s'agissait d'une femme : "Madame ou Mademoiselle ?". Parce que bon, moi on m'a dit qu'il fallait remplir les cases. En dehors du cadre administratif, j'ai toujours trouvé bizarre que certains lecteurs et lectrices, voulant m'interpeller, se fendent systématiquement d'un "Enfin... Madame ou Mademoiselle ?", parfois avec une pointe de curiosité mal placée, mais souvent gênés d'avoir pu se tromper sur l'appellation. Mais lorsqu'il s'agissait d'une inscription administrative, ça ne me perturbait pas la matière grise.

Jusqu'au jour où cette question a provoqué chez une future-lectrice une mini-crise d'hystérie, à base de "vie privée", "vous regarde pas", "de quoi j'me mêle", "scandale", "pour qui vous vous prenez". Dans le désordre. Sur le coup, je me suis seulement dit qu'elle aurait pu éviter de monter si haut dans les décibels. Et puis mes neurones se sont enclenchés, et je me suis dit qu'elle avait peut-être raison finalement. Qu'est-ce qui me permet, sous couvert d'une inscription administrative, de demander à une femme si, oui ou non, elle est mariée ? Parce que ça revient clairement à poser cette question. Non seulement cette information est inutile, mais son appartenance au domaine du privé amène souvent à un jugement qui n'a pas lieu d'être (clairement, la "Madame" de 20 ans tout comme la "Mademoiselle" de 60 ans font au mieux sourire, au pire attirent les critiques. Et ne parlons pas de celle de 30 ans qui se voit créditée d'un jaugeage de la marchandise au moment où elle précise "Mademoiselle". J'aimerais bien dire que j'exagère, mais en fait non). Je me demande quelle serait la réaction des lecteurs masculins si je commençais à leur demander au moment de l'inscription si ils sont mariés. Je parierais sur quelque chose de cet ordre là : "vie privée", "vous regarde pas", "de quoi j'me mêle", "scandale", "pour qui vous vous prenez". Et ils auraient bien raison.

Depuis cet incident, lorsque les femmes ne cochent aucune case sur leur formulaire, je ne peux pas m'empêcher de penser à un acte de résistance (j'imagine bien ce que je veux) et je me garde bien de leur demander quoi que ce soit. Pour moi, ce sont des "Madame", rien d'autre à ajouter.
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