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vendredi 21 septembre 2012

Feed the brain


Les zombies et les bibliothécaires, ça a toujours fait bon ménage. Le lien est particulièrement flagrant le matin, vers 8 ou 9h. Quand on n'arrive à percevoir les collègues qu'à travers un voile de sécrétions oculaires séchées. Mais parfois, le bibliothécaire souhaite prolonger cet état au-delà du premier café matinal (ça lui fait d'ailleurs une bonne excuse pour être désagréable avec le public).

On avait ainsi vu plusieurs "zombie walk" de bibliothécaires, manifestant contre des coupes budgétaires, notamment à New-York en 2010. Le mot d'ordre : "More libraries, more brain" et "Better undead than unread".










En 2011, c'était la Miller Library, du McPherson college, qui publiait son guide d'utilisation de la bibliothèque, intitulé Library of the living dead. Où l'on apprend que dans les bibliothèques, on a des informations ET des outils pour toutes les demandes, y compris concernant la survie à une attaque zombie.


Depuis 2011, la SALIN (South Australian Library and Information Network) met quant à elle en vente un calendrier Zombies in the library. Trois bibliothécaires expliquent dans cette vidéo comment les "zombrarians" ont envahi la bibliothèque :


Pour feuilleter (et acheter) cette petite merveille, c'est ici. Au moins, ça vous changera des chatons de votre collègue Birgit.

jeudi 31 mai 2012

Books and beyond

Dans les bibliothèques, on trouve des livres sur tous les sujets, pour répondre à toutes les questions possibles qui peuvent traverser les cerveaux ô combien tortueux de notre public. Enfin si on a bien fait notre job. Ce qu'on s'évertue à faire, nous bibliothécaires, avec l'acharnement d'un employé de la SNCF décidé à placer votre journée un cran au-dessus d'Armageddon (oui, j'ai subi quelques désagréments ferroviaires ces derniers temps, j'ai besoin de faire ma catharsis). 

Mais comme le livre n'est pas toujours le média le plus approprié pour répondre aux demandes, on y trouve aussi des CD, des DVD et même Internet tout entier (tout du moins si le service informatique de la ville n'a pas déclaré la guerre des tranchées à la bibliothèque. Ou vice-versa.) Pour promouvoir ces supports, et appâter l'usager par la même occasion, l'Alberta Library (un consortium de bibliothèques canadiennes) a lancé une campagne de publicité appelée "Books and beyond". Certes j'ai un sacré train de retard (sûrement un sanglier sur la voie), puisqu'elle date de 2008. Mais je ne pouvais passer à côté de ces deux vidéos, diffusées sur Internet et... à la télévision ; en France par contre, on peut toujours s'asseoir pour voir un spot vantant les mérites des bibliothèques passer pendant la pause pub de Pékin express...

Admirez le travail :


Ma préférée personnellement, ayant moi-même une mère beaucoup trop portée sur les travaux manuels :


J'attends désormais le prochain emprunteur du Roman des maisons closes avec impatience (et une sélection de sites références sur les MST donc).

samedi 14 janvier 2012

Proudly introducing : L'armée des rennes

Il y a quelques semaines, un évènement est venu troubler la quiétude qui règne habituellement dans le monde calme et feutré des bibliothèques. L'objet du délit, le voici :


Cliquez sur l'image pour avoir la version animée, vous allez comprendre toute l'ampleur du choc. Cette carte de voeux, nous la devons à l'ABF, l'association qui nous représente fièrement, nous les bibliothécaires de France. 

Certains ont émis l'hypothèse que tout cela n'allait pas vraiment aider à moderniser l'image de notre profession. Déjà bien amochée par des lunettes et des chignons dont on a du mal à se départir, il est vrai qu'un renne peut paraître franchement inapte à dépoussiérer tout ça (un renne peut paraître inapte à beaucoup de choses, en y réfléchissant).

Mais c'était sans compter sur les twittos de la profession (et ils commencent à être nombreux). Et c'est là que l'inconcevable a été conçu. Une sorte d'engouement pour les cervidés, remisant au placard les lolcats et autres mêmes. Les jeux de mots et images à base de rennes, cerfs et autres caribous ont commencé à fuser. Preuve de notre professionnalisme, un hashtag a vite été adopté pour baliser ces tweets, que vous retrouverez donc sous #PointRenne (on reste organisés quand même, faut pas chier dans la colle).
 
Dessin de @leblogdeglace
Et comme on ne fait pas les choses à moitié, @Marie_Idille a suggéré de regrouper tout ça dans un Tumblr, histoire de, je cite "constituer un fonds iconographique spécialisé en cervidés et de chercher le meilleur outil pour le mettre en valeur". Si c'est pas de la dévotion à son métier ça (ou de la névrose obsessionnelle, j'hésite). Comme la névrose, ça me parle je n'avais pas encore eu l'occasion de tester cet outil, il m'a paru intéressant d'ajouter ce fait d'arme à mes compétences professionnelles. Le résultat, un Tumblr moulé à la louche : L'Armée des rennes. J'ai commencé à y regrouper les points Renne publiés sur Twitter ces dernières semaines, mais c'est un outil collaboratif : vous pouvez m'envoyer vos cervidés directement depuis le site, c'est même encouragé. Photos, textes, vidéos, musique (coucou les discothécaires et vidéothécaires), vous pouvez vous lâcher. Si vous rencontrez un problème pour les contributions, n'hésitez pas à me contacter, je fais aussi SAV (polyvalence tout ça).

Bibliothécaire, un métier qui a de l'avenir, c'est cerf-tain.

lundi 22 août 2011

Dans l'épisode précédent

Ces dernières semaines, j'ai eu un peu le courage d'un bulot sous Lexomil (vous voir tous partir en vacances m'a épuisé). J'ai donc fait une petite pause de blog. Là comme ça. Mais il faut bien accepter, à un moment donné, le fait que les vacances soient finies (après 2 mois de reprise, pour ma part, ça devient même franchement nécessaire ceci-dit). On va donc reprendre en douceur, avec un petit résumé des liens intéressants qui me sont passés sous la main cet été (une revue de web de la bibliosphère qu'on appelle ça, ça fait plus professionnel).

Les bibliothécaires ont été très en forme cet été : tandis que chez Bibliopathe, on s'est fait de nouveaux amis (il semblerait qu'entre-temps, un drame soit malheureusement survenu dans le monde de Maurice et Colette), Mlle Salt, elle, nous raconte la vie sexuelle de ses pensionnaires, et revisite le mythe du préservatif en bibliothèque (qui n'a pas entendu un jour cette légende urbaine susurrée entre deux étagères à l'heure de la pause café ?). Et pour rester dans la thématique, chez Banned library, on s'est creusé les neurones pour arriver à sortir 7 bonnes raisons d'autoriser le porno en bibliothèque, et ils ont l'air d'avoir mis de l'hardeur au travail (oui bon fallait bien que quelqu'un la fasse celle-là).

Quelques nouveaux blogs qui sortent de l'ordinaire se sont ajoutés dans mon agrégateur : Booketing, qui parle de livres et de design. En bibliothèque on parle de "beaux livres", Booketing est un "beau blog" qui fait plaisir aux mirettes.
Book and Buzz, dans le même esprit, aborde le marketing et la communication littéraire. On y retrouve aussi bien des campagnes d'éditeurs qui valent le détour, que des actions en bibliothèque, comme les fameuses bibliothèques vivantes et plein d'autres choses encore.
Je suis également devenue accro à Vendredi Lecture. Pas tellement au blog en lui-même, mais au concept (adaptation française du Friday Reads). Chaque vendredi, vous partagez sur leur page facebook ou sur twitter (hashtag #vendredilecture) le ou les bouquins qui vous accompagnent en ce moment. Cette petite habitude m'a permis de découvrir que je partageais pas mal de lecture en commun avec d'autres twittos, qui m'ont eux-mêmes bien conseillée en matière de bouquins ces derniers temps (je ne connais que des gens de bon goût c'est merveilleux). Et pour ceux qui ne sont pas convaincus, un tirage au sort parmi les participants permet de gagner les livres mis en jeu. Il se trouve qu'en plus de ça, la demoiselle qui est à l'origine de cette action tient également un blog sur la littérature fichtrement bien foutu : The Buried Talent, avec notamment une revue de web hebdomadaire où l'on trouve toujours quelque chose d'intéressant à se mettre sous la douchette.

Pendant ce temps là, à Toronto, les bibliothèques sont quelques peu bousculées par une mairie qui pense que bon, là vous êtes bien gentils tout ça, mais ça coûte bonbon vos livres et vos employés, on va vous privatiser tout ça et roule Germaine. Tape 1 si tu trouves que Germaine elle nous casse les cacahuètes avec ses bibliothèques, tape 2 si tu veux que Germaine puisse continuer d'aller à la bibliothèque.

En attendant, les Canadiens, je vous signale qu'ils sont au taquet quand il s'agit de communiquer autrement. Au Québec, à la Bibliothèque Sainte-Thérèse, vous êtes plutôt bien accueillis :

(photo trouvée chez Bibliomancienne)

Ceux qui ne sont pas convaincus pourront toujours se rabattre sur les bibliothèques de Corée du Nord. Certes, cela fait peut-être légèrement ressortir le côté obsessionnel et carré (et décrépit) de notre métier :


Rangées de postes stéréos sur les bureaux d'une discothèque, à la Grand People's Study House, Pyongyang, Corée du Nord. AP Photo/David Guttenfelder.

Et pour vous motiver à commencer cette rentrée pleins d'enthousiasme, de patience et d'amour pour les lardons braillards, les parents stressés, les vieux qui sentent la naphtaline et autres hystériques de la fiche retour ("mais vous avez pas mis la daaaateuh, d'habitude-il-y-a-la-date-comment-je-vais-faire-moi-pour-vous-rendre-les-livres hein hein ?" *implosion*), je vous conseille un article qui date mais qui m'a fait faire pipi sur place (enfin sur la chaise du collègue plus précisément) par un bibliothécaire coincé en Enfer (mais qui a réussi à s'échapper et officie désormais au frais).

Je rappelle cependant que toute tentative visant à transformer vos douchettes en arme à feu est strictement interdite.

vendredi 24 juin 2011

Pause rakomelo

Je coupe le son et l'image pendant 10 jours, plus de facebook, plus de twitter, plus de veille bibliothéconomique (plus de vidéo de Cookie Monster donc, je vais décéder), plus d'Internet quoi... Le pire, c'est que je ne me rappelle plus la dernière fois que ça m'est arrivé de déconnecter aussi longtemps (je me remercie moi-même de n'avoir toujours pas acheté de smartphone, sinon j'aurais craqué, je suis faiblesse). Donc je pars, oui, mais je ne pouvais pas partir sans vous faire baver un peu, c'est dans mon tempérament, j'aime faire baver les gens que voulez vous... Vous pourrez donc me trouver là-bas :


Vous me reconnaitrez facilement, je serais en train de ronfler sur la plage, un livre comme oreiller et Miguel pour me servir mon rakomelo (un coléoptère bien éduqué sait faire ça). Ah oui et j'aurais deux bibliothécaires à mes côtés, mesdemoiselles Aurélie et Marie, on ne se refait pas hein !

vendredi 29 avril 2011

Do you like to shush ?

L'activité préférée des bibliothécaires ? Je mettrais, en pôle position, gommer les petits mots laissés dans les livres au crayon de papier (quand on est chanceux) par nos lecteurs adorés (un jour j'ai trouvé dans un livre "bon courage aux bibliothécaires qui devront effacer ces mots". J'étais à deux doigts de provoquer une combustion spontanée dans un accès de colère tout à fait maitrisé).

Mais juste, juste derrière, en seconde position, je dirais faire taire les gens trop bruyants par un non moins bruyant "CHHHHUUUUUT" bien à propos (en terme de cliché, la bibliothécaire chignon-à-lunettes-qui-fait-chut se pose là). Notez que c'est une activité tellement répandue que les anglophones lui ont collé un verbe : to shush.



Si vous préférez anticiper, vous avez la version t-shirt assez dissuasive (moi je visualise un bibliothécaire, hache à la main, déclenchant un bain de sang pour un éternuement).





Il semblerait que les bibliothécaires shushent particulièrement en bibliothèque universitaire (essayer de faire régner le silence en section jeunesse d'une bibliothèque municipale un mercredi après-midi est par exemple inenvisageable, voire suicidaire (les poussettes possèdent des ressources insoupçonnées)). La Ryerson Library a par exemple mis en place une opération marketing pour son Silent Floor assez... euh, claire :


Le silence des agneaux tu connais ? Je sais pas si c'est moi qui suis d'humeur sanguinolente, mais en tout cas je ne me risquerais pas à aller parler au silent floor, j'aurais trop peur qu'on me colle une grosse étiquette colorée sur la bouche. Finalement, arriver à me couper l'envie d'ouvrir mon clapet, on peut appeler ça une campagne efficace.
(La campagne de pub a été créée par Chris Hernandez, plus d'infos sur son site.)

Mais attention, le chut ne vient pas comme ça, d'un coup de cuillère à pot. Le chut se travaille. Le chut révèle la personnalité du bibliothécaire. Le chut peut être franc et prolongé, ou timide et concis. Le chut est une vraie prise de position en somme. Heureusement, pour les non-initiés, la bibliothèque de Grenoble nous a sorti une petite vidéo explicative de derrière les chariots. Voilà qui devrait vous ouvrir de nouveaux horizons :



De mon côté, je pense pouvoir m'épargner la peine d'ouvrir la bouche,et ce en arborant un simple badge :


dimanche 5 décembre 2010

Gang-des-postiteurs vs Chignons-à-lunettes

Attention, ceci est un recrutement sauvage.

Le mouvement a été lancé par une bibliothécaire, j'ai nommé @Repeatagain. Celle-ci a partagé sur Twitter une idée mise en place à la bib de Toulouse : la table Do It Yourself. Le principe est simple : réserver une table de présentation de documents pour nos lecteurs adorés, rien que pour eux, et les laisser se dépatouiller tout seuls ! Oui oui vous avez bien compris, le principe est de faire travailler les lecteurs ! C'est pas juste grandiose comme idée ça ?



Une petite photo pour une meilleure compréhension >>



Les lecteurs ont donc droit à leur espace à eux dans la bibliothèque. Il ne manquait plus que la possibilité de s'exprimer, problème réglé grâce au meilleur ami de tout bibliothécaire qui se respecte : le post-it. Parce que vous ne le savez peut-être pas, mais le post-it est probablement l'outil le plus utilisé en bibliothèque, que ce soit sur les livres, les écrans d'ordinateurs ou les collègues.



Résultat, la table Do It Yourself de Toulouse est un succès ! Après avoir amorcé le mouvement en mettant eux-mêmes quelques coups de coeur sur la table, les lecteurs se sont approprié cet espace et ne se gênent pas pour écrire des tartines, et dans toutes les langues !




















Cette idée m'a emballée, résultat j'ai voulu avoir ma table DIY moi aussi. Voilà le résultat :


(Oui c'est rose, et oui y a des coeurs, mais passons).
Chez nous, le démarrage est un peu lent, les livres que l'on présente partent vite, mais ils sont peu nombreux pour l'instant à oser se lancer. Les premiers lecteurs à l'avoir fait ont cependant été ravis de l'initiative et ont adopté les post-it !

Pour résumer, on a donc une action facile et rapide à mettre en place, qui ne coûte pas un radis et, cerise sur la cacahuète, qui fait travailler les lecteurs.

Une objection ? Ah oui, et les chignons-à-lunettes, qu'est-ce qu'il viennent faire là-dedans ? Et bien il semble qu'il y ait une certaine résistance au changement chez certains collègues, que nous nommerons donc les chignons-à-lunettes afin de respecter les stéréotypes en vigueur dans la profession.

La guerre est donc officiellement lancée, le gang-des-postiteurs se lance dans une croisade visant à conquérir les terres vierges de tout post-it, et toute nouvelle recrue est la bienvenue.

-thécaires de tous horizons, quelque soit votre bib, votre section ou votre étage, disséminez les tables DIY et, comme dirait @repeatagain, diffusez sans vergogne le "postitivisme" !

dimanche 28 novembre 2010

Pour l'hiver, les bibliothèques vous recommandent le pilon-pilon

Les bibliothécaires apprécieront ce mot d'esprit dans toute sa subtilité.

Pour les non-initiés (ceux qui n'ont pas ri), le pilon (synonyme de désherbage, on sait être poétiques parfois en bibliothèque), c'est :
- version pro : un acte indispensable, consistant à supprimer du fonds les ouvrages obsolètes (type "Windows 95 en 10 leçons") ou qui ont un taux d'emprunt relativement bas (le roman qui est sorti 2 fois en 10 ans ou qui n'a tellement pas bougé depuis 5 ans, qu'il commence à faire corps avec l'étagère). Cet acte bibliothéconomique DE BASE (hum) permet de garder un fonds adapté au public et à l'actualité. Et de dégager les étagères pour les nouveautés qui arrivent (une bib étant rarement extensible).
- version j'ai-envie-d'me-faire-du-public : un autodafé (organisé de façon tout à fait arbitraire).

Le pilon déclenche en général deux types de réactions épidermiques dans la profession, les premiers tentant de sauver chaque occupant de son établissement menacé par la folie meurtrière des seconds, eux-mêmes tentant de décimer les collections en loucedé (merci à @repeatagain de m'avoir rappelé cette expression trop peu usitée).

Mais depuis quelques temps, les collègues s'impliquent pour réconcilier conservation et désherbage, en y ajoutant une petite touche de créativité. Et si l'objet livre s'intégrait complètement dans la bibliothèque ?




A la bibliothèque de l'université de Delft, la banque de prêt donne juste envie de pilonner nos plus beaux livres (quoi ?).
Plus d'images sur Design fetish (et ça vaut le détour).




Alors forcément, on se dit "Oui nan mais, la réincarnation de Melvil Dewey viendra me demander une formation d'indexation avant que l'on soit autorisés à exposer nos cadavres de livres en élément de mobilier". Mais il y en a, en bib municipale, qui ont osé. Et le résultat est plutôt funky (ouioui) :



Enfin, un projet qui permet d'utiliser les livres qui dorment dans un coin, tout en s'évitant le traumatisme bien de saison de devoir se farcir le sapin, les boules, le doré, les lampes qui clignotent, les guirlandes à moitié dépiautées, les vœux de bonnes fêtes enjoués... Bon en fait ça vous évite juste le sapin, mais ça peut vous déculpabiliser de pas faire le reste :






















Avec un making of sur le Flickr de la LMU library, et si vous vous demandez ce que c'est, fichtre, que ces 300 bouquins qui ont été utilisés (allez traiter un bibliothécaire de feignasse après ça), c'est ici.


Sur ce, je m'en vais entraîner mes zygomatiques à souhaiter de bonnes fêtes de fin d'année de 58 façons différentes et à une cadence effrénée, ce qui devrait commencer selon mes estimations mardi prochain.
Habitués du service public, sincère compassion.

samedi 23 octobre 2010

De la réintroduction de la Martine dans son milieu naturel



Alors là, loin de moi l'idée de relancer un vieux débat qui touche à l'éthique professionnelle et titille la fibre déontologique de tout bibliothécaire qui se respecte.

Mais j'ai eu l'occasion d'assister récemment à un débat non prévu et fort virulent (pour les non-initiés, Martine fait souvent cet effet-là sur les membres de notre corporation, et probablement que sur eux d'ailleurs), qui m'a donné matière à réflexion là où j'avais finalement pas franchement réfléchi (eeh oui les bibliothécaires ne réfléchissent pas toujours, c'est dur à encaisser je sais).

D'un côté, nous avons donc un refus total de certains de proposer ces albums au public des bibliothèques, l'argument principal étant l'aspect rétrograde et sexiste des aventures (fort passionnantes) de notre amie Martine. Bon, quand on voit que le premier album est sorti en 1954, forcément on comprend mieux le côté dépassé. Et on se dit que c'était bien gentillet au vu de l'image de la femme véhiculée à l'époque, notamment dans les publicités :










> Mesdames, donnez votre liste de Noël à votre papa mari et couinez un peu, vous aurez votre grille-pain.
Messieurs, allez lui acheter son grille-pain avant qu'elle ne se mette à chialer.





De l'autre côté, on a le devoir du bibliothécaire de ne "pratiquer aucune censure, d'assurer les conditions de la liberté intellectuelle par la liberté de lecture sans laisser ses propres opinions interférer, de promouvoir auprès de l'usager une conception de la bibliothèque tolérante" et, si vous avez de la chance, une maminette adorable qui gonfle et se transforme en une version ridée de Hulk quand vous lui annoncez que non, elle ne pourra pas revivre ses lectures de jeunesse avec sa petite-fille, Martine n'est pas à la bibliothèque, elle est partie en montgolfière avec l'âne Cadichon. Des arguments difficiles à contester, donc.

Concrètement, je pense que d'autres ouvrages jeunesse (plus récents et que l'on trouve facilement en bib) sont bien pires vis à vis de l'image de la femme. Pour moi le plus grand crime de cette gamine, c'est de vivre des "aventures" profondément barbantes et d'être dessinée dans un style franchement inintéressant à mon goût, mais si on prend ces critères, il y aurait longtemps que j'aurais viré la moitié des collections (que les romans du terroir ne se sentent pas visés). A sa décharge, on peut lui accorder un charme désuet pour ceux qui l'ont lu plus jeunes et un certain témoignage d'une époque.

En revanche, rien n'empêche qu'après avoir fait connaissance avec Martine, on lui présente Marie, qui elle sait bien interroger et ouvrir un oeil critique sur les relations homme/femme (travail de médiation mon ami).

Au final, je ne me vois pas refuser la réintroduction de ce spécimen à la bibliothèque à un lecteur sous prétexte que ce n'est pas de la "bonne" lecture (l'excuse des restrictions budgétaires peut en revanche être un prétexte plus acceptable).
Que celui qui ose affronter maminette en furie me jette le premier tome de la Dewey non abrégée.




(Toutes les illustrations de cet article sont tirées d'un exceeeellentissime article sur le sexisme dans la publicité publié sur Ad'times by D).
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