vendredi 29 avril 2011

Do you like to shush ?

L'activité préférée des bibliothécaires ? Je mettrais, en pôle position, gommer les petits mots laissés dans les livres au crayon de papier (quand on est chanceux) par nos lecteurs adorés (un jour j'ai trouvé dans un livre "bon courage aux bibliothécaires qui devront effacer ces mots". J'étais à deux doigts de provoquer une combustion spontanée dans un accès de colère tout à fait maitrisé).

Mais juste, juste derrière, en seconde position, je dirais faire taire les gens trop bruyants par un non moins bruyant "CHHHHUUUUUT" bien à propos (en terme de cliché, la bibliothécaire chignon-à-lunettes-qui-fait-chut se pose là). Notez que c'est une activité tellement répandue que les anglophones lui ont collé un verbe : to shush.



Si vous préférez anticiper, vous avez la version t-shirt assez dissuasive (moi je visualise un bibliothécaire, hache à la main, déclenchant un bain de sang pour un éternuement).





Il semblerait que les bibliothécaires shushent particulièrement en bibliothèque universitaire (essayer de faire régner le silence en section jeunesse d'une bibliothèque municipale un mercredi après-midi est par exemple inenvisageable, voire suicidaire (les poussettes possèdent des ressources insoupçonnées)). La Ryerson Library a par exemple mis en place une opération marketing pour son Silent Floor assez... euh, claire :


Le silence des agneaux tu connais ? Je sais pas si c'est moi qui suis d'humeur sanguinolente, mais en tout cas je ne me risquerais pas à aller parler au silent floor, j'aurais trop peur qu'on me colle une grosse étiquette colorée sur la bouche. Finalement, arriver à me couper l'envie d'ouvrir mon clapet, on peut appeler ça une campagne efficace.
(La campagne de pub a été créée par Chris Hernandez, plus d'infos sur son site.)

Mais attention, le chut ne vient pas comme ça, d'un coup de cuillère à pot. Le chut se travaille. Le chut révèle la personnalité du bibliothécaire. Le chut peut être franc et prolongé, ou timide et concis. Le chut est une vraie prise de position en somme. Heureusement, pour les non-initiés, la bibliothèque de Grenoble nous a sorti une petite vidéo explicative de derrière les chariots. Voilà qui devrait vous ouvrir de nouveaux horizons :



De mon côté, je pense pouvoir m'épargner la peine d'ouvrir la bouche,et ce en arborant un simple badge :


lundi 4 avril 2011

Un Cookie Monster tous les matins, et motivé tu seras

Je sens comme un petit coup de mou chez les bibliothécaires. Les concours sont en train de faire des ravages, je vois défiler les retours négatifs sur twitter, et quelques blogueuses ont partagé cette baisse de moral et leurs interrogations quant à leur avenir dans la profession, notamment chez Delphine's books et Liber, libri. Personnellement, je n'arrive déjà pas à réviser correctement quand je passe un seul concours dans l'année, alors quand je vois certains qui les enchaînent sans réussir, mon moral descend aussi jusque dans les charentaises (quand un twitteur m'a parlé de 7 concours dans l'année, j'ai failli mourir de stress rien que d'imaginer le nombre de feuilles blanches à noircir. J'suis très empathique comme fille).

Alors pour tous ceux qui sont en révision intensive, qui ont raté des concours, qui restent contractuels à défaut de mieux, qui sont titulaires mais n'arrivent pas à choper LE poste, qui n'arrivent pas à trouver de poste tout simplement, les étudiants qui vont bientôt devenir accro à Biblioemplois, ceux qui pensent reconversion parce que y en a marre (je me demande quel pourcentage de la profession on atteint là), je voudrais vous rappeler plusieurs choses :

Premièrement, ANYTHING is possible when you're in a library !



Un lieu de travail où tout est possible, même se déplacer à dos de chariot, ça vous donne envie de continuer quand même nan ?

(Cette vidéo est légèrement dérivée de cette célèbre pub, oui parce que si vous ne la connaissez pas c'est nettement moins drôle en fait.)


Deuxièmement, peut-être qu'un jour, vous aurez affaire à des lecteurs aussi cools que Cookie Monster. Cette perspective devrait vous remotiver pour quelques années :



Et si, au hasard d'un sujet de concours, vous tombez sur le thème des bibliothèques 3e lieu, pensez à parler de l'instauration d'un bar à cookies, ça devrait faire son petit effet (messieurs mesdames les jurés, coucou Image du Blog chezfanfan.centerblog.net).


dimanche 27 mars 2011

Du Brut de pommes (avec de la crème merci)

La Bd de ce dimanche, je l'ai reçue dans mon courrier cette semaine, joliment emballée par les soins de la tenancière du blog Suprbo (merci merci !), après l'avoir gagnée à un concours. Normalement, la poisse veut qu'à chaque concours je gagne des cafetières, même quand il n'y en a pas en jeu (je sais c'est fou). Alors imaginez un peu ma joie de gagner un LIVRE. Pour l'info, j'adore recevoir de jolis paquets, si vous ressentez un besoin irrépressible d'en envoyer un, je saurais vous soulager.

Dans ma boîte aux lettres, j'ai donc trouvé ça :


Je ne connaissais pas du tout Lolmède, j'ai découvert dans ce Brut de comix (chez United dead artists) des scènes de la vie quotidienne, des petits instants, des bonheurs ou des réflexions de l'auteur. En fin de compte, on a l'impression de suivre des instants de sa vie, qui parfois se recoupent avec les nôtres et nous remettent des souvenirs en tête : un café en terrasse, un trajet en train, des blagues potaches, un concert, une expo sur Munch, un week-end en Normandie (les Normands sont accueillants, j'avais déjà envie d'y retourner, maintenant je pourrais échanger le plus beau de mes lecteurs contre une vraie tarte aux pommes. Avec de la crème. Un prix raisonnable somme toute.), les manifs contre la réforme des retraites (je ne connaissais pas le slogan "Sarko m'e***, le Medef me lubrifie", un grand regret que je ne l'ai su à ce moment là)...

Un petit livre à siroter au soleil quoi ! (bon heureusement pour moi ça marche aussi avec la pluie)

Vous pouvez aller sur le blog du monsieur pour en voir un peu plus.


dimanche 6 mars 2011

Quand les lecteurs se mettent à porter le chignon-à-lunettes

Parfois, je soupçonne les chignons-à-lunettes de s'infiltrer en douce parmi les lecteurs :

Réservation 1


Réservation 2


Mais je préfère me dire qu'ils s'inquiètent juste de savoir si les bibliothécaires ne vont pas finir par coucher sous les ponts, et c'est plutôt prévenant de leur part.

mardi 22 février 2011

Dans ma bibliothèque idéale #1

Si si, vous savez, la bibliothèque où l'on a tous rêvé de travailler, celle où toute l'équipe ne serait composée que des collègues avec qui on partage aussi bien les envies et les idées que les verres de bière/vin/mojitos/plateaux de fromages/bobuns/éclairs au chocolat... (oui de manière générale les bibliothécaires ont la bouffe joyeuse je les aime), celle où l'on aurait tout le budget que l'on souhaite, où les lecteurs seraient toujours de bonne humeur (un peu comme les bibliothécaires, prenez exemple sur nous flute !)...

Pensons d'abord à l'aménagement. Déjà, il faudrait un moyen rapide et pratique pour se déplacer. A l'université de Munich, ils ont tout compris. Ou comment aller chercher un livre en réserve en moins de 2 minutes :





Ensuite, penser aux postérieurs. Une bibliothèque qui ne ménage pas le postérieur de ses lecteurs ET bibliothécaires peut aller se faire voir aux Pays-Bas. Au moins elle y découvrira que la RFID ne sert pas qu'à passer des livres en prêt/retour :





Mieux que la patte d'éléphant que l'on oublie toujours dans un rayon (la question étant de savoir lequel), nan ? Et puis au moins, on est sûr qu'aucun petit vieux n'aura "malencontreusement" pris notre siège le temps d'aller chercher un livre en rayon, et après tout c'est bien normal.

Et puis dans une bibliothèque idéale, on aurait tellement de budget qu'évidemment on aurait un service de bibliobus. Et là je voterais volontiers pour celui des bibliothèques de Montréal (chez qui on ferait bien de prendre beaucoup d'autres choses d'ailleurs). Regardez-moi ça comme c'est bô :


Franchement je demande pas grand chose...

lundi 14 février 2011

J'ai failli mouru, j'ai lu, j'ai survécu

Ce week-end, j'étais au bord du décès. Je me suis choppé un bon vieux virus de derrière les fagots c'était très sympa. Du coup, après avoir passé deux jours entier au fond de mon lit, deux constats : 1, j'ai une haleine d'Actifed. 2, j'ai tellement dormi pendant mon week-end que je devrais être au top pour commencer ma semaine de boulot. Ma conscience professionnelle est indépendante de ma volonté c'est très désagréable.
Comme hier encore, non seulement j'avais 20 ans, mais en plus me retrouver devant un écran me donnait l'impression que mes globes oculaires sortaient de leurs orbites pour aller se balader allègrement sous mon crâne sans prendre en compte que le cerveau n'aime pas trop être bousculé, les Bd du dimanche seront des Bd du lundi.

Après ce petit intermède santé, les Bd, donc. Je ne m'en suis pas tout de suite rendue compte, quand j'ai chipé mes Bd du dimanche dans la pile des livres à cataloguer (oui çaymal), mais j'ai fait un combo Fred Bernard ce week-end (et j'ai fichtrement bien fait).




















La première, L'homme bonsaï (Delcourt, 2009) est une adaptation d'un album jeunesse (Albin Michel jeunesse, 2003) qu'il avait lui-même écrit, illustrée par François Roca. Un vieux marin conte les mésaventures d'un potier, enlevé par des pirates, abandonné sur une île, et qui voit une petite graine se planter sur sa tête puis se transformer en bonsaï. Sauvé par des pirates chinois, il va devenir lui-même un pirate redoutable. L'histoire est prenante et les illustrations de Roca lui donne une touche un peu nostalgique et douce. Comme je suis un peu une brelle en littérature jeunesse (mais mes collègues jeunesse sont en train de me prendre en main ne vous inquiétez pas), je ne connaissais pas ce dernier. Je me suis pris une avalanche de "quewaaa comment c'est possiiiible, tu connais paaas" (toujours les collègues), du coup ça va mieux là.
Toujours est-il que j'ai préféré la Bd. Probablement parce que j'ai eu la mauvaise idée de la lire en premier. Elle est tellement foisonnante que l'album m'a paru un peu léger, avec des manques. Et le dessin de Fred Bernard, plus brut que celui de Roca, moins fluide et plus fouillis, les couleurs beaucoup plus vives, tout cela décale avec les illustrations que l'on pourrait attendre d'un conte et ça marche très bien ! La Bd a aussi l'avantage de développer beaucoup plus le personnage, qui raconte lui-même son histoire, et à la première personne, on ressent beaucoup mieux les injustices, la peur, le pouvoir, l'amour (eh oui, le géant version bleue est sexué, et souple visiblement).

Pour le feuilleter, c'est par là.

Cléo : les aventures d'une jeune femme prétendument ordinaire (Nil, 2010) montre une autre facette du travail de Fred Bernard : le portrait de jeunes femmes contemporaines, un peu rockn'roll. Dans le même style, j'avais lu il y a pas mal de temps Lily love peacock, mais il ne m'avait pas trop convaincue. Par contre cette Cléo est soufflante. On se demande un peu comment un homme a réussi à faire un portrait aussi réaliste et en même temps onirique d'une jeune femme, en tombant aussi juste. Soit il est doué d'une extrême empathie, soit il a réussi à infiltrer la gent féminine. En tout cas le dessin est très beau, bourré d'imagination, la fin bien trouvée, et la bande son très bien choisie. Et comme on a tous un hippopotame (ou un coléoptère) qui nous suit partout, allez vite me lire ça.

vendredi 21 janvier 2011

Message d'amour pour les travailleurs du samedi

Je sais pas pour vous, mais moi j'aime pas trop les gens, surtout quand je sors de chez moi et qu'il est 8h30 du matin (bon ok 8h50, je vais encore être en retard au boulot). C'est pour ça que le matin que je préfère pour aller bosser, bah c'est le samedi (si on enlève bien sûr la conscience du fait que tout le monde dort jusqu'à midi ce jour-là, et qu'aucun des je-fais-ma-semaine-lundi-vendredi-comme-tout-le-monde n'ira bosser avant deux jours, bientôt un billet je-me-lève-à-midi-le-lundi-et-ça-n'est-que-justice).

Donc évidemment, ma couette se rappelle douloureusement à mes yeux encollés et mon cerveau insuffisamment irrigué, mais la fonction « Trajet maison-bibliothèque en mode automatique » est généralement fonctionnelle (sans quoi il m'arrive d'errer pour finir par demander au boulanger si il a besoin que je lui catalogue une gougère ou que je couvre ses p'tits pains au chocolayayayayaaaay).

Je suis donc mon instinct pour me retrouver dans la rue et là une sensation de tranquillité béate s'empare de moi : je me retrouve dans une rue quasi-dépossédée de toute vie humaine... Et les travailleurs du samedi, pour peu qu'ils aient au choix, 1, le réveil agressif, 2, des tendances asociales, 3, un subtil mélange des deux, savent bien qu'il s'agit là d'un événement suffisamment rare pour être apprécié au même titre qu'un accueil de classe sans cri ni hurlement .

A mesure que l'on descend en direction de l'arrêt de bus/la bouche de métro/la voiture garée trois rues plus loin, cette sensation d'apaisement grandit : pas de petite vieille slalomant avec son chariot à courses, pas d'éboueurs prenant leur pause clopes en groupe, reluquant tout concentré d'œstrogènes au passage, pas de lardons faisant des courses de cartable à roulettes (invention du diable), pas de bandes de pré-ados tentant de contrer leur mal-être existentiel par le port intensif du string et du pantalon taille sous-fesses... On aurait presque envie de sauter au cou des deux âmes qui se retrouvent à arpenter la rue déserte en même temps que nous et de leur faire un gros câlin tellement on se sent bien.

Et à ce moment très précis, j'ai une tendresse particulière pour les usagers des transports en commun du samedi matin.

Ce moment où l'on arrive en vue de l'arrêt de bus/dans le métro, on l'entend arriver, on court comme un dératé alors qu'on sait parfaitement qu'on ne l'aura pas, et on se retrouve, au mieux pantois sur le trottoir/le quai à maugréer parce qu'on vient de se rappeler que le samedi matin, le bus/métro passe deux fois moins souvent (soi-disant il y a moins de monde que les autres jours de la semaine), au pire le cul par terre les jours de pluie ou de neige, sur le même trottoir/quai, à maugréer contre les travailleurs du lundi.

Heureusement pour mon épiderme fessier, je n'ai pas encore à réitérer l'exploit le dimanche.

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