samedi 23 juin 2012
A quand une bibliothèque Karl Lagerfeld ?
dimanche 5 décembre 2010
Gang-des-postiteurs vs Chignons-à-lunettes
Le mouvement a été lancé par une bibliothécaire, j'ai nommé @Repeatagain. Celle-ci a partagé sur Twitter une idée mise en place à la bib de Toulouse : la table Do It Yourself. Le principe est simple : réserver une table de présentation de documents pour nos lecteurs adorés, rien que pour eux, et les laisser se dépatouiller tout seuls ! Oui oui vous avez bien compris, le principe est de faire travailler les lecteurs ! C'est pas juste grandiose comme idée ça ?

Une petite photo pour une meilleure compréhension >>
Les lecteurs ont donc droit à leur espace à eux dans la bibliothèque. Il ne manquait plus que la possibilité de s'exprimer, problème réglé grâce au meilleur ami de tout bibliothécaire qui se respecte : le post-it. Parce que vous ne le savez peut-être pas, mais le post-it est probablement l'outil le plus utilisé en bibliothèque, que ce soit sur les livres, les écrans d'ordinateurs ou les collègues.

Résultat, la table Do It Yourself de Toulouse est un succès ! Après avoir amorcé le mouvement en mettant eux-mêmes quelques coups de coeur sur la table, les lecteurs se sont approprié cet espace et ne se gênent pas pour écrire des tartines, et dans toutes les langues !


Cette idée m'a emballée, résultat j'ai voulu avoir ma table DIY moi aussi. Voilà le résultat :

Chez nous, le démarrage est un peu lent, les livres que l'on présente partent vite, mais ils sont peu nombreux pour l'instant à oser se lancer. Les premiers lecteurs à l'avoir fait ont cependant été ravis de l'initiative et ont adopté les post-it !
Pour résumer, on a donc une action facile et rapide à mettre en place, qui ne coûte pas un radis et, cerise sur la cacahuète, qui fait travailler les lecteurs.
dimanche 28 novembre 2010
Pour l'hiver, les bibliothèques vous recommandent le pilon-pilon
- version pro : un acte indispensable, consistant à supprimer du fonds les ouvrages obsolètes (type "Windows 95 en 10 leçons") ou qui ont un taux d'emprunt relativement bas (le roman qui est sorti 2 fois en 10 ans ou qui n'a tellement pas bougé depuis 5 ans, qu'il commence à faire corps avec l'étagère). Cet acte bibliothéconomique DE BASE (hum) permet de garder un fonds adapté au public et à l'actualité. Et de dégager les étagères pour les nouveautés qui arrivent (une bib étant rarement extensible).
- version j'ai-envie-d'me-faire-du-public : un autodafé (organisé de façon tout à fait arbitraire).
Le pilon déclenche en général deux types de réactions épidermiques dans la profession, les premiers tentant de sauver chaque occupant de son établissement menacé par la folie meurtrière des seconds, eux-mêmes tentant de décimer les collections en loucedé (merci à @repeatagain de m'avoir rappelé cette expression trop peu usitée).
Mais depuis quelques temps, les collègues s'impliquent pour réconcilier conservation et désherbage, en y ajoutant une petite touche de créativité. Et si l'objet livre s'intégrait complètement dans la bibliothèque ?

A la bibliothèque de l'université de Delft, la banque de prêt donne juste envie de pilonner nos plus beaux livres (quoi ?).
Plus d'images sur Design fetish (et ça vaut le détour).
Alors forcément, on se dit "Oui nan mais, la réincarnation de Melvil Dewey viendra me demander une formation d'indexation avant que l'on soit autorisés à exposer nos cadavres de livres en élément de mobilier". Mais il y en a, en bib municipale, qui ont osé. Et le résultat est plutôt funky (ouioui) :

Enfin, un projet qui permet d'utiliser les livres qui dorment dans un coin, tout en s'évitant le traumatisme bien de saison de devoir se farcir le sapin, les boules, le doré, les lampes qui clignotent, les guirlandes à moitié dépiautées, les vœux de bonnes fêtes enjoués... Bon en fait ça vous évite juste le sapin, mais ça peut vous déculpabiliser de pas faire le reste :



Avec un making of sur le Flickr de la LMU library, et si vous vous demandez ce que c'est, fichtre, que ces 300 bouquins qui ont été utilisés (allez traiter un bibliothécaire de feignasse après ça), c'est ici.
Sur ce, je m'en vais entraîner mes zygomatiques à souhaiter de bonnes fêtes de fin d'année de 58 façons différentes et à une cadence effrénée, ce qui devrait commencer selon mes estimations mardi prochain.
Habitués du service public, sincère compassion.
mercredi 10 novembre 2010
Avis de disparition au pays des casse-bonbons
Le monde des bibliothèques, c’est un peu comme Dallas, un vrai monde impitoyable, d'ailleurs on devrait en faire une chanson. Ce petit monde est peuplé de différentes tribus qu’il convient d’analyser anthropologiquement parlant, afin de mieux les appréhender (et donc les dominer). Petite liste non-exhaustive (je passe sur les tribus des étudiants studieux et autres lecteurs raisonnables, étant d’ors et déjà sous notre domination, aucun intérêt de s’attarder) :
- les mini-lardons : âge : entre 0 et 5 ans, exemple de spécimen : "je rentre dans la bibliothèque sans qu'on me voie parce que mes bouclettes ne dépassent pas la banque de prêt, et ressort discrètement avec « L e préservatif : 100 questions/réponses » que je donne fièrement à ma maman mortifiée obligée de le ramener à la bibliothécaire au sourire sadique"
les grabataires : âge : de 80 ans à indéterminé pour certains, spécificité : suivis immédiatement d'une délicate odeur mêlant de façon sophistiquée eau de Cologne et naphtaline, ils aiment particulièrement vous en faire profiter en venant vous parler à moins de 10 cm de votre figure, sous prétexte qu'ils entendent pas bien (et vous avez beau leur dire qu'ils entrent dans votre espace de danse, ils n'en ont visiblement rien à paner)
les mamans bobos : spécificité : capacité infinie à s'extasier de leur progéniture, exemple de spécimen : "j'exhibe mon mini-lardon et je suis trop fière qu'à 3 ans il ait choisit de dévaster le bac de « Sciences et vie », c'est un signe !" Alors que maman, elle, est toute fière d'avoir dévasté le bac du « Elle »
les papas bobos : caractéristiques physiques : lunettes à la mode, barbe de 2 jours, jean bien ajusté, spécificité : fait généralement semblant de lire Le Monde, adore faire des blagues débiles aux bibliothécaires qui rient comme des pintades... bon disons que c'est pas la tribu la plus difficile à supporter
les ados : spécificites langagières : n'ayant pas encore intégré les règles du langage, ils essaient donc d'émettre des sons pour se faire comprendre : « euh... z'auriez pas M'pssant... le R'la... le Rola... ah ouais le Horla c'est ça, le Horla eeeet les z'autres trucs là... les contes fantasiques... oué fantastiques ». D'ailleurs c'est fou comme le correcteur d'orthographe s'affole dès qu'on essaie de retranscrire leur langage

les casse-bonbons, connues aussi sous le nom de "connasses du samedi" (mais certaines font du 7/7, ça dépend de leur disponibilité,) : pour une définition, allez-voir l'étude menée il y a un certain temps par une certaine bibliothécaire acariâtre
Je voudrais m'attarder sur cette dernière tribu, pour laquelle je m'inquiète sérieusement depuis quelques temps. Lorsqu'une nouvelle stagiaire m'a fait remarquer que le public de la bibliothèque avait l'air sympa, ça a fait tilt : effectivement, ça fait belle turlupette que je n'ai pas eu droit à un petit scandale en bonne et due forme, à une humiliation publique quant à l'incompétence des bibliothécaires à passer correctement un livre en retour, à une indignation outragée après avoir appris que le livre qu'ils avaient emprunté il y a 15 ans a été pilonné (dans ces cas-là je dis qu'on les a brûlé, ça rajoute au tragique).
Et voilà que je me mets à penser aux membres actifs de cette tribu avec une nostalgie empreinte d’un certain désarroi affectif : comment je vais m'entraîner à l'auto-maîtrise nerveuse moi maintenant ??
(le premier qui répond « il reste les collègues », il sort)
samedi 23 octobre 2010
De la réintroduction de la Martine dans son milieu naturel

Alors là, loin de moi l'idée de relancer un vieux débat qui touche à l'éthique professionnelle et titille la fibre déontologique de tout bibliothécaire qui se respecte.
Mais j'ai eu l'occasion d'assister récemment à un débat non prévu et fort virulent (pour les non-initiés, Martine fait souvent cet effet-là sur les membres de notre corporation, et probablement que sur eux d'ailleurs), qui m'a donné matière à réflexion là où j'avais finalement pas franchement réfléchi (eeh oui les bibliothécaires ne réfléchissent pas toujours, c'est dur à encaisser je sais).
D'un côté, nous avons donc un refus total de certains de proposer ces albums au public des bibliothèques, l'argument principal étant l'aspect rétrograde et sexiste des aventures (fort passionnantes) de notre amie Martine. Bon, quand on voit que le premier album est sorti en 1954, forcément on comprend mieux le côté dépassé. Et on se dit que c'était bien gentillet au vu de l'image de la femme véhiculée à l'époque, notamment dans les publicités :



> Mesdames, donnez votre liste de Noël à votre
Messieurs, allez lui acheter son grille-pain avant qu'elle ne se mette à chialer.
De l'autre côté, on a le devoir du bibliothécaire de ne "pratiquer aucune censure, d'assurer les conditions de la liberté intellectuelle par la liberté de lecture sans laisser ses propres opinions interférer, de promouvoir auprès de l'usager une conception de la bibliothèque tolérante" et, si vous avez de la chance, une maminette adorable qui gonfle et se transforme en une version ridée de Hulk quand vous lui annoncez que non, elle ne pourra pas revivre ses lectures de jeunesse avec sa petite-fille, Martine n'est pas à la bibliothèque, elle est partie en montgolfière avec l'âne Cadichon. Des arguments difficiles à contester, donc.
Concrètement, je pense que d'autres ouvrages jeunesse (plus
récents et que l'on trouve facilement en bib) sont bien pires vis à vis de l'image de la femme. Pour moi le plus grand crime de cette gamine, c'est de vivre des "aventures" profondément barbantes et d'être dessinée dans un style franchement inintéressant à mon goût, mais si on prend ces critères, il y aurait longtemps que j'aurais viré la moitié des collections (que les romans du terroir ne se sentent pas visés). A sa décharge, on peut lui accorder un charme désuet pour ceux qui l'ont lu plus jeunes et un certain témoignage d'une époque.En revanche, rien n'empêche qu'après avoir fait connaissance avec Martine, on lui présente Marie, qui elle sait bien interroger et ouvrir un oeil critique sur les relations homme/femme (travail de médiation mon ami).
Au final, je ne me vois pas refuser la réintroduction de ce spécimen à la bibliothèque à un lecteur sous prétexte que ce n'est pas de la "bonne" lecture (l'excuse des restrictions budgétaires peut en revanche être un prétexte plus acceptable).
Que celui qui ose affronter maminette en furie me jette le premier tome de la Dewey non abrégée.

(Toutes les illustrations de cet article sont tirées d'un exceeeellentissime article sur le sexisme dans la publicité publié sur Ad'times by D).
