dimanche 16 janvier 2011

Pour aller à la pêche aux moules, mieux vaut ne pas être moche et remoche

Comme ce titre l'indique, ma bd du dimanche est pleine de poésie et de métaphores délicates. Si vous avez besoin de vous bidonner un tantinet, je vous conseille Lo, de Lucie Durbiano (Gallimard, 2010). L'auteur s'est inspirée de la pastorale de Longus, Daphnis et Chloé, et raconte l'histoire de Lo, jeune et jolie nymphe qui tombe amoureuse du berger Daphnis, lui-même amoureux de sa bergère, Chloé.

Partir de la mythologie pour une bd, c'est déjà assez rare pour être original. Le dessin semble assez enfantin et innocent à première vue, mais dès les premières cases de la 4e planche, on sent qu'il y a quelque chose de louche, et là, j'ai commencé à ricaner toute seule (signe indiscutable d'une bd de qualité). Et j'ai recommencé plusieurs fois. Il faut dire que je suis très sensible aux blagues potaches, jeux de mots un rien facile (hum) et sous-entendus graveleux, surtout quand on ne s'y attend pas. Certaines phrases sont déjà devenues cultes sur la toile (j'ai enfin compris d'où sortait ce "mieux vaut être belle et rebelle que moche et remoche") et personnellement, j'ai bien cru que mes zygomatiques allaient mourir à cause d'une certaine "pêche aux moules".




Même ce tableau est joliment détourné, Daphnis et Chloé étant remplacés par un autre couple que Sappho n'aurait pas renié.


Et puis un auteur qui, quand il s'agit de faire voler Zeus, se réfère à la technique de Superman, est forcément un bon auteur.

dimanche 9 janvier 2011

"Si j'étais bibliothécaire, je lirais des Bd toute la journée..."

J'ai décidé de laisser tous ses espoirs à l'adolescent qui m'a confié cette phrase comme un secret (genre "vous le répétez à mes potes je remets plus les panards chez vous", encore que je doute que les adolescents d'aujourd'hui utilisent le mot panard). Alors que j'allais lui confier qu'en tant que bibliothécaire, il n'aurait probablement pas le temps de lire sur son lieu de travail (enfin pas le droit serait plus juste), Miguel m'a susurré qu'il serait peut-être bon de le laisser espérer, sinon, comment on va récupérer de nouvelles recrues hein ?? Arguments acceptés.

Moi, je suis devenue bibliothécaire, du coup je lis mes bd le dimanche, comme tout le monde en fait (c'est fou ce qu'on peut être consensuels dans la profession).

Les trois bd d'aujourd'hui ont comme point commun le thème du conte :



L'Île sans sourire, d'Enrique Fernandez
Drugstore, 2009

Un homme arrive un soir d'orage sur l'île de Yulkukany, île de baleiniers. Triste, pessimiste voire agressif, il va devoir composer avec son exact opposé : Elianor, petite fille joyeuse, optimiste et énergique, avec une imagination sans limites. On devine facilement comment va finir cette jolie fable fantastique, mais les personnages sont surprenants et le dessin magnifique (le monsieur a apparemment été influencé par les studios Ghibli et Dreamworks, et ça se voit), particulièrement au niveau des paysages et des animaux (amis geeks, il y a un chat qui parle, ça va vous plaire).



Pour aller voir les premières planches, c'est sur Bd Gest.



Le Signe de la lune, d'Enrique Bonet et José Luis Munuera
Dargaud, 2009

Quand on lit ce conte, on a l'impression de l'avoir déjà entendu souvent dans notre enfance : il reprend les basiques, des enfants apeurés, des symboles mystiques (la lune attirante et effrayante), des méchants, une histoire d'amour contrariée, un peu de magie, une forêt dangereuse... C'est joli, poétique, et le dessin est superbe, en noir et blanc avec cette cape rouge sang qui nous rappelle que le petit chaperon n'est jamais à l'abri du danger...

Le blog est par là.




Jolies ténèbres, Fabien Vehlmann et Kerascoët
Dupuis, 2009

Un début de conte de fée un peu niais : un prince, une princesse, une tasse de thé. Très vite, ce petit monde "adorable" tombe en morceaux, les habitants étant obligés d'abandonner leur logement, à savoir une petite fille morte dont la décomposition les amène à chercher un autre endroit où vivre. Ambiance bonne enfant donc. Le dessin de Kerascoët fait penser à un album pour enfant tout mignon, c'est d'autant plus jouissif lorsque les petits personnages se mettent à s'entretuer à la façon de South Park. C'est étonnant comme la cruauté et l'innocence font bon ménage avec l'absurde.





Les premières planches par là.

jeudi 6 janvier 2011

mardi 7 décembre 2010

Voter, c'est un acte citoyen : concours de la tasse moche

Depuis quelques jours, les bibliothécaires se livrent un combat sans pitié dans un concours, à priori anodin, lancé par Bibliopathe. Oui mais voilà, il se trouve que chez les bibliothécaires, l'esprit de compétition est décuplé lorsque l'on met en jeu un outil de travail aussi important pour sa survie qu'une tasse pouvant contenir thé, café, tequila et autres drogues (vous n'imaginez pas comme c'est dur le service public).

Alors bon, moi, j'adore gagner, et je sais bien que je deviens assez sournoise dès qu'il s'agit de se mesurer à qui que ce soit pour quoi que ce soit (heureusement pour la pudeur, la nature ne m'a pas faîte homme). Mais je n'imaginais pas une telle mobilisation de la part des collègues.
Il a donc été question de macarons en échange de votes, de faire voter les enfants en masse, de pression sur les collègues, de pourrir les murs facebook des concurrents... Moi perso je m'amuse beaucoup !

Bon au début ma conscience m'a fait hésiter à écrire une note pour gagner des voix, mais finalement, je ne serais pas la première, je suis donc l'exemple de la Desperate librarian housewife, dont la tasse a d'ailleurs suscité nombre de commentaires tendancieux (on ne sait comment, certains sont arrivés à la conclusion qu'il fallait organiser prochainement un concours de sex-toy...).

Donc, si vous voulez avoir un aperçu de ce que ça donne quand une profession sombre dans la corruption, allez voter ici pour la tasse la plus moche, vous participerez par la même occasion à un tirage au sort pour gagner cette joulie tasse made in Bibliopathe :


Et, bien sûr, si vous votez pour la mienne, à savoir la numéro 7, je vous enverrai plein d'amour par la poste, c'est promis !

dimanche 5 décembre 2010

Gang-des-postiteurs vs Chignons-à-lunettes

Attention, ceci est un recrutement sauvage.

Le mouvement a été lancé par une bibliothécaire, j'ai nommé @Repeatagain. Celle-ci a partagé sur Twitter une idée mise en place à la bib de Toulouse : la table Do It Yourself. Le principe est simple : réserver une table de présentation de documents pour nos lecteurs adorés, rien que pour eux, et les laisser se dépatouiller tout seuls ! Oui oui vous avez bien compris, le principe est de faire travailler les lecteurs ! C'est pas juste grandiose comme idée ça ?



Une petite photo pour une meilleure compréhension >>



Les lecteurs ont donc droit à leur espace à eux dans la bibliothèque. Il ne manquait plus que la possibilité de s'exprimer, problème réglé grâce au meilleur ami de tout bibliothécaire qui se respecte : le post-it. Parce que vous ne le savez peut-être pas, mais le post-it est probablement l'outil le plus utilisé en bibliothèque, que ce soit sur les livres, les écrans d'ordinateurs ou les collègues.



Résultat, la table Do It Yourself de Toulouse est un succès ! Après avoir amorcé le mouvement en mettant eux-mêmes quelques coups de coeur sur la table, les lecteurs se sont approprié cet espace et ne se gênent pas pour écrire des tartines, et dans toutes les langues !




















Cette idée m'a emballée, résultat j'ai voulu avoir ma table DIY moi aussi. Voilà le résultat :


(Oui c'est rose, et oui y a des coeurs, mais passons).
Chez nous, le démarrage est un peu lent, les livres que l'on présente partent vite, mais ils sont peu nombreux pour l'instant à oser se lancer. Les premiers lecteurs à l'avoir fait ont cependant été ravis de l'initiative et ont adopté les post-it !

Pour résumer, on a donc une action facile et rapide à mettre en place, qui ne coûte pas un radis et, cerise sur la cacahuète, qui fait travailler les lecteurs.

Une objection ? Ah oui, et les chignons-à-lunettes, qu'est-ce qu'il viennent faire là-dedans ? Et bien il semble qu'il y ait une certaine résistance au changement chez certains collègues, que nous nommerons donc les chignons-à-lunettes afin de respecter les stéréotypes en vigueur dans la profession.

La guerre est donc officiellement lancée, le gang-des-postiteurs se lance dans une croisade visant à conquérir les terres vierges de tout post-it, et toute nouvelle recrue est la bienvenue.

-thécaires de tous horizons, quelque soit votre bib, votre section ou votre étage, disséminez les tables DIY et, comme dirait @repeatagain, diffusez sans vergogne le "postitivisme" !

dimanche 28 novembre 2010

Pour l'hiver, les bibliothèques vous recommandent le pilon-pilon

Les bibliothécaires apprécieront ce mot d'esprit dans toute sa subtilité.

Pour les non-initiés (ceux qui n'ont pas ri), le pilon (synonyme de désherbage, on sait être poétiques parfois en bibliothèque), c'est :
- version pro : un acte indispensable, consistant à supprimer du fonds les ouvrages obsolètes (type "Windows 95 en 10 leçons") ou qui ont un taux d'emprunt relativement bas (le roman qui est sorti 2 fois en 10 ans ou qui n'a tellement pas bougé depuis 5 ans, qu'il commence à faire corps avec l'étagère). Cet acte bibliothéconomique DE BASE (hum) permet de garder un fonds adapté au public et à l'actualité. Et de dégager les étagères pour les nouveautés qui arrivent (une bib étant rarement extensible).
- version j'ai-envie-d'me-faire-du-public : un autodafé (organisé de façon tout à fait arbitraire).

Le pilon déclenche en général deux types de réactions épidermiques dans la profession, les premiers tentant de sauver chaque occupant de son établissement menacé par la folie meurtrière des seconds, eux-mêmes tentant de décimer les collections en loucedé (merci à @repeatagain de m'avoir rappelé cette expression trop peu usitée).

Mais depuis quelques temps, les collègues s'impliquent pour réconcilier conservation et désherbage, en y ajoutant une petite touche de créativité. Et si l'objet livre s'intégrait complètement dans la bibliothèque ?




A la bibliothèque de l'université de Delft, la banque de prêt donne juste envie de pilonner nos plus beaux livres (quoi ?).
Plus d'images sur Design fetish (et ça vaut le détour).




Alors forcément, on se dit "Oui nan mais, la réincarnation de Melvil Dewey viendra me demander une formation d'indexation avant que l'on soit autorisés à exposer nos cadavres de livres en élément de mobilier". Mais il y en a, en bib municipale, qui ont osé. Et le résultat est plutôt funky (ouioui) :



Enfin, un projet qui permet d'utiliser les livres qui dorment dans un coin, tout en s'évitant le traumatisme bien de saison de devoir se farcir le sapin, les boules, le doré, les lampes qui clignotent, les guirlandes à moitié dépiautées, les vœux de bonnes fêtes enjoués... Bon en fait ça vous évite juste le sapin, mais ça peut vous déculpabiliser de pas faire le reste :






















Avec un making of sur le Flickr de la LMU library, et si vous vous demandez ce que c'est, fichtre, que ces 300 bouquins qui ont été utilisés (allez traiter un bibliothécaire de feignasse après ça), c'est ici.


Sur ce, je m'en vais entraîner mes zygomatiques à souhaiter de bonnes fêtes de fin d'année de 58 façons différentes et à une cadence effrénée, ce qui devrait commencer selon mes estimations mardi prochain.
Habitués du service public, sincère compassion.

mercredi 10 novembre 2010

Avis de disparition au pays des casse-bonbons

Le monde des bibliothèques, c’est un peu comme Dallas, un vrai monde impitoyable, d'ailleurs on devrait en faire une chanson. Ce petit monde est peuplé de différentes tribus qu’il convient d’analyser anthropologiquement parlant, afin de mieux les appréhender (et donc les dominer). Petite liste non-exhaustive (je passe sur les tribus des étudiants studieux et autres lecteurs raisonnables, étant d’ors et déjà sous notre domination, aucun intérêt de s’attarder) :

  • les mini-lardons : âge : entre 0 et 5 ans, exemple de spécimen : "je rentre dans la bibliothèque sans qu'on me voie parce que mes bouclettes ne dépassent pas la banque de prêt, et ressort discrètement avec « L e préservatif : 100 questions/réponses » que je donne fièrement à ma maman mortifiée obligée de le ramener à la bibliothécaire au sourire sadique"
  • les grabataires : âge : de 80 ans à indéterminé pour certains, spécificité : suivis immédiatement d'une délicate odeur mêlant de façon sophistiquée eau de Cologne et naphtaline, ils aiment particulièrement vous en faire profiter en venant vous parler à moins de 10 cm de votre figure, sous prétexte qu'ils entendent pas bien (et vous avez beau leur dire qu'ils entrent dans votre espace de danse, ils n'en ont visiblement rien à paner)

  • les mamans bobos : spécificité : capacité infinie à s'extasier de leur progéniture, exemple de spécimen : "j'exhibe mon mini-lardon et je suis trop fière qu'à 3 ans il ait choisit de dévaster le bac de « Sciences et vie », c'est un signe !" Alors que maman, elle, est toute fière d'avoir dévasté le bac du « Elle »

  • les papas bobos : caractéristiques physiques : lunettes à la mode, barbe de 2 jours, jean bien ajusté, spécificité : fait généralement semblant de lire Le Monde, adore faire des blagues débiles aux bibliothécaires qui rient comme des pintades... bon disons que c'est pas la tribu la plus difficile à supporter

  • les ados : spécificites langagières : n'ayant pas encore intégré les règles du langage, ils essaient donc d'émettre des sons pour se faire comprendre : « euh... z'auriez pas M'pssant... le R'la... le Rola... ah ouais le Horla c'est ça, le Horla eeeet les z'autres trucs là... les contes fantasiques... oué fantastiques ». D'ailleurs c'est fou comme le correcteur d'orthographe s'affole dès qu'on essaie de retranscrire leur langage

  • les casse-bonbons, connues aussi sous le nom de "connasses du samedi" (mais certaines font du 7/7, ça dépend de leur disponibilité,) : pour une définition, allez-voir l'étude menée il y a un certain temps par une certaine bibliothécaire acariâtre


Je voudrais m'attarder sur cette dernière tribu, pour laquelle je m'inquiète sérieusement depuis quelques temps. Lorsqu'une nouvelle stagiaire m'a fait remarquer que le public de la bibliothèque avait l'air sympa, ça a fait tilt : effectivement, ça fait belle turlupette que je n'ai pas eu droit à un petit scandale en bonne et due forme, à une humiliation publique quant à l'incompétence des bibliothécaires à passer correctement un livre en retour, à une indignation outragée après avoir appris que le livre qu'ils avaient emprunté il y a 15 ans a été pilonné (dans ces cas-là je dis qu'on les a brûlé, ça rajoute au tragique).


Et voilà que je me mets à penser aux membres actifs de cette tribu avec une nostalgie empreinte d’un certain désarroi affectif : comment je vais m'entraîner à l'auto-maîtrise nerveuse moi maintenant ??

(le premier qui répond « il reste les collègues », il sort)

Related Posts with Thumbnails